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Le vaution

Gâteau sur lequel on fait fondre de la cassonnade

Bouquette (Boûkètes)

Verviétois et Liègeois ne jurent que par leur bouquette. Mais quoi qu'ils en pensent, celle-ci tout compte fait n'est pas une friandise de Noël, mais de Toussaint. C'est un usage funéraire. Tant et si bien qu'au siècle dernier, en mangeant la bouquette dans la nuit de Noël, on récitait des prières pour les morts.

L'introduction de la bouquette dans nos us et coutumes remonte auXVIIIs., époque à laquelle elle fut importée de Flandre par la cour des princes-évêques, originaires du pays de Looz et des environs de Tongres. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle qu'elle fut définitivement adoptée par le bon peuple de Liège. Elle ne figure d'ailleurs dans aucun des vieux noëls wallon.

Faire la bouquette n'est pas si simple. De nos jours, avec des tas de produits, chimiques ou non, et des batteries de cuisines qui n'attachent pas, les ménagères font cela en deux coups de cuillère à pot. Et si elles n'ont pas le temps, elles ont toujours la ressource de passer par un magasin pour y en acheter une douzaine.

Autrefois, tout cela n'existait pas et qui voulait des bouquettes devait les faire lui-même. Ainsi la pâte à bouquette, racontait Eugène Polain, en 1921, se faisait « avec deux parties de Sarrazin et une de fine farine zéro. On bat la pâte assez liquide, où l'on a mêlé à l'eau un peu d'huile d'olive et la levure nécessaire. Le récipient, une grande terrine en terre cuite, est placé recouvert d'une épaisse couverture, à l'abri des courants d'air, sur un coin de la cuisinière ou sur une chaise devant un des fours ouverts. »

Mais une fois la pâte prête à l'emploi, encore fallait-il la faire frire. Pour ce faire, continue-t-il, "la poêle à frire a été enduite intérieurement d'huile de colza ou de navette, on y verse une cuillerée à soupe de la pâte liquide à laquelle on ajoute des raisins de corinthe. Au préalable, l'huile a recuit dans un récipient ; pour la clarifier et lui enlever son goût trop fort on y a fait mijoter un crouton de pain. Souvent on ajoute à l'huile, qui a la vertu de rendre la crêpe plus croquante, du beurre et du saindoux ... Pour retourner la crêpe, on la fait sauter sur la poêle. "

Chacun, à l'époque où existaient encore les grands âtres, était même tenu de faire frire lui-même sa propre bouquette à la flamme du bûcher. Cela n'allait pas sans peine pour les inexpérimentés et sans joie pour l'assistance, car la bouquette ne retombait pas toujours nécessairement dans la poêle. Pourtant, on était tenu de la retrouver coûte que coûte, car sa disparition était un signe de diablerie. Satan et ses suppôts ne devaient pas être loin, la nuit de Noël étant, comme celle de la Chandeleur, propice au Sabat.

Les bouquettes se mangeaient chaudes durant toute la veillée, elles s'accompagnaient de cassonnade et d'une tasse de vin chaud. Elles constituaient, en fait, la première partie des agapes des matines. Jusqu'à la messe de minuit, on mangeait la bouquette et l'on buvait du vin chaud. C'était maigre. « La vigile des grandes fêtes oblige au jeune et abstinence de viande ».

Une fois la messe terminée, on faisait bombance et ripaille.

Choucroute de l’an neuf

A Verviers, un jour de l'an n'est pas un vrai jour de l'an si chaque verviétois ne mange pas la choucroute. On la mange en famille, chez soi ou au restaurant.

Avant de manger, la choucroute, on place une pièce de monnaie sous l'assiette. On dit que c'est pour avoir de l'argent toute l'année.

Ce met s'accompagne d'un excellent vin blanc, sec de préférence. Verviers n'a pas inventé une recette particulière pour la préparation de la choucroute du nouvel an. Parmi les différents modes de préparation de la choucroute, c'est sans doute « à l'Alsacienne » qu'elle est la plus savoureuse.

Les lunettes du jeudi Saint

Fourrées ou somptueusement garnies, les lunettes du Jeudi Saint sont une tradition verviétoise qui remonte au moins à l'époque où le textile commençait à être une florissante industrie sur les bords de Vesdre. Les tisserands travaillaient à domicile pour un patron chez qui ils portaient leur production.

A l'échéance du Jeudi Saint, le patron offrait à ses façonniers, en guise d'étrennes pascales, pourrait-on dire, des lunettes hautement symboliques.

Confectionnées dans une pâte assez semblable à celle du gâteau de Verviers, ces lunettes avaient - et ont encore aujourd'hui - une forme que rappellent les « lunettes de sommeil » que, de nos jours, les gens stressés se placent sur le visage afin d'être obligés de fermer les yeux pour s'endormir. Avant d'être livré, le drap était soigneusement examiné par les « noppeuses », qui corrigeaient les éventuels défauts de tissage.

En offrant des lunettes du Jeudi Saint, le patron signifiait qu'il fermait les yeux sur les petits défauts qui subsisteraient encore dans les draps. La tradition ne s'est pas perdue à Verviers, même si tout le monde n'en perçoit plus nécessairement la signification originelle. Les hommes en offrent aujourd'hui à leur épouse, fiancée ou amie pour qu'elle ferme les yeux sur leurs défauts.